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L'economiste, il y a 11 mois

Patrimoine: Pour la sauvegarde de l’Aïta
Plus de 200 artistes ont participé à l’enregistrement de 10 CD contenant près de 70 chansons, correspondant à l’essentiel du répertoire de l’Aïta aujourd’hui.

Après la musique andalouse, et la musique gnawa, l’art de l’Aïta a enfin son anthologie. Un travail de compilation rigoureux et scientifique réalisé par l’association Atlas Azawan, sous la direction de Brahim El Mazned.

Il aura fallu plusieurs années de labeur et de recherche, dont deux réservées à la production pour aboutir à ce document essentiel à la préservation d’un patrimoine national en péril. Un travail colossal et un coffret contenant 10 CD, près de 70 chansons, et deux livrets (arabe/français ou français/anglais).

Artistes, chercheurs, académiciens, musicologues… toute une équipe qui a pris à bras le corps ce projet en hommage à ces femmes et ces hommes qui continuent dans l’ombre, à couver un pan de notre patrimoine musical. Un répertoire que Brahim El Mazned appelle à inscrire en tant que patrimoine de l’humanité.

Après avoir sillonné les différentes régions du Royaume: Casablanca, Sebt Gzoula, Safi, Fquih Bensaleh, Khouribga, El jadida, Tanger, Taounate, Errachidia… l’équipe du projet a invité quelque 200 artistes, issus de 29 groupes, à Casablanca pour enregistrer leur répertoire, donnant lieu pour la première fois à un document d’une grande qualité artistique et technique.

On y retrouve Mustafa El Bidaoui, Khadija Mergoum, Hadda Ouâakki, Ouled El Bouazzaoui, Khadija El Bidaouia, ainsi que d’autres stars connues aujourd’hui, aux côtés de seniors dont certains dans un âge très avancé! Brahim El Mazned met d’ailleurs gracieusement son anthologie à la disposition de la Bibliothèque nationale et à toutes les médiathèques des universités du pays afin d’inscrire ce patrimoine dans la postérité.

«Nous avons voulu que cette anthologie s’adresse au grand public et non seulement aux initiés, c’est pour cela que nous avons abordé toutes les Aïtas qu’elles soient majeures ou mineures», tient à signaler le directeur du projet. Le document donne en effet dans son livret illustré de photos d’archives, d’autres prises lors des enregistrements et de textes majeurs, des clés de lecture des différentes écoles de l’Aïta.

Une centaine de pages, répertoriant les sept grandes écoles de l’Aïta (Hasbaouia, Marsaouia, Jeblia, Zaâria, Chiadmia, Haouzia et Filalia), et leur rapport aux pratiques sociales liées à cet art rural: Tbourida, moussems, mariages… Mais ce n’est pas l’approche nostalgique qui est privilégiée par l’initiateur de l’anthologie et incontournable acteur culturel (festival Timitar, Visa for Music…).

«L’un des objectifs de ce travail est de faire comprendre que l’Aïta est un art bien vivant, il faut continuer à le perpétuer et à convaincre les chioukhs et les chikhates qu’ils doivent continuer à faire entendre leurs voix, malgré les difficultés» précise El Mazned. Mais comment faire perdurer un patrimoine quand ce dernier est méprisé ou tout au moins modérément apprécié par les élites urbaines?

Même si l’Aïta retrouve depuis un certain temps un peu de prestige, il est de plus en plus difficile d’assurer la relève. Les temps ont changé et les méthodes de transmission aussi. «Nous n’avons pas réussi à faire ce que l’Espagne a fait avec le flamenco, le Portugal avec le fado ou le Brésil avec la bossa nova, c’est-à-dire passer d’un mode de transmission antique à un mode d’apprentissage académique. Il n’existe aujourd’hui aucun conservatoire au Maroc qui propose des modules concernant les musiques populaires», déplore El Mazned.

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