Mémoires de journalistes : Les historiens du quotidien font l’Histoire du Maroc

Mémoires de journalistes : Les historiens du quotidien font l’Histoire du Maroc

Et si le journalisme faisait l’Histoire ? La question est de pure forme mais elle se justifie par une activité éditoriale qui offre un matériau de première main : les articles et chroniques qui se publient en livres. L’aperçu qui suit est certes incomplet mais significatif.

C’est en 2001 que Abdeljlil Lahjomri publiait « Pleure Aïcha, tes chroniques égarées », une sorte d’hommage posthume à Aïcha Mekki qui donna ses lettres de noblesse à la chronique judiciaire dans les pages du quotidien L’Opinion. Les rubriques qu’elle animait « Au ban de la Société » et « Société et Justice » étaient des rendez-vous incontournables, fréquentés par des lecteurs aussi exigeants que Abdallah Laroui et Michel Jobert, l’enfant de Oued Romane. L’un comme l’autre y lisaient les pulsations du Maroc, sans fioritures ni contorsions savantes, l’image brute de la société en butte aux difficultés du quotidien.

Aïcha Mekki assurait la chronique des tribunaux, certes, mais ses descriptions allaient bien au-delà des prétoires, des drames qui s’y jouaient… le principe de l’antériorité faisait faire des incursions, des déplacements au coeur des quartiers populaires, des cités urbaines, dans des milieux divers qui donnaient substance à ses chroniques.

Les chroniques de Aïcha Mekki n’étaient pas des traités de sociologie comme elles n’étaient pas des profils psychologiques au sens rigoureux du terme. Elles pouvaient, néanmoins, en constituer une matière première difficile à contester, à remettre en question car nul ne peut contester la vie quotidienne dans ses diverses et ultimes manifestations.